Chronique 32

Chronique 32.

  

Vide-poches.

 

Comment commencer une chronique avec un titre pareil! Et bien par le début, pardi!

Mais pourquoi vide-poches, me demanderez-vous? Non, je ne parlerai pas de ce petit objet (une coupelle, un bol ou tout autre récipient) servant à accueillir ce que recèlent nos poches de vestes, de jeans ou de costumes.

Mes amis viennent parfois me demander conseil sur divers sujets, de la vie sentimentale à la décoration et, sans me lancer de fleurs, je vise souvent assez juste! Donc, ce soir-là, un mardi, un ami m’appelle car il n’a pas le moral. Il me raconte une soirée passée à danser sur des sons entraînants, à boire quelques verres (ne faisons pas l’apologie de la dive bouteille, ce n’est pas mon genre!) et à finir chez un charmant garçon.

Jusque là, tout va bien. Le garçon en question est très mignon, très chaud mais vit en colocation. Il semble que ses colocataires soient absents pour le week-end, c’est donc l’occasion rêvée de passer un agréable moment sous la couette. Mon ami y va donc sans se méfier et là, catastrophe! Les colocataires sont à la maison. Allez savoir pourquoi, ils lui tombent dessus, verbalement parlant. Ils trouvent mon ami hautain, le questionnent, enfin bref il passe à la casserole.

Même lorsqu’il explore les draps de son amant, les autres débarquent de temps en temps. La discrétion et l’intimité sont des notions apparemment inconnues pour ces jeunes hommes.

Quand à moi, car il y a un lien entre l’aventure de mon pote, le titre de cette chronique et ce qui m’est arrivé, juste après le coup fil avec l’ami en question.

Il y a un garçon qui me plaît assez, je l’avoue. Nous sommes sur la même longueur d’onde, sauf sur un point. Bref, notre relation se limite au niveau inférieur de sa ceinture, ce qui ne me convient pas beaucoup. L’Indiana Jones de la recherche du « +1 » va donc retrouver son amant du soir, non sans quelques appréhensions, vu que nos échanges sont essentiellement corporels.

Donc j’arrive, à peine le temps de poser mon sac qu’il me saute dessus, et quelques minutes plus tard nous sommes sur son lit, nus comme des vers. C’est un accro du poppers, moi pas. Vu mes problèmes de sinus, je me méfie, mais bon, pour une fois, je cède. Sans entrer dans les détails graveleux, en quinze minutes, nous avons terminé. Enfin, il a fini! Et départ sous la douche. Il me demande de rester dormir, je refuse. Pendant son ablution, je m’habille. Un bisou pour la route et retour à la maison.

Pour l’heure, j’ai juste l’impression d’être le mec qui lui donne du plaisir et basta! Il n’a pas pensé à mon plaisir, juste au sien. Pareil pour mon ami, qui n’a servi que d’exutoire au plaisir d’un tiers. Dès lors, je m’interroge. Ne sommes-nous que deux garçons perdus, rencontrant les mauvaises personnes? Ne sommes-nous là que pour satisfaire leur désir? Juste histoire de varier un peu les schémas habituels, avec ces cinq doigts? Zut à la fin de ne servir qu’au plaisir d¹autrui! Quelqu¹un pense-t-il au nôtre?

Nous ne sommes là que pour les soulager. Pour être vulgaire, juste pour les vider. Où sont donc passer les gentils garçons? Tous évaporés? Tous casés? Ou alors sont-ils tous cachés, par peur de se casser les dents (ou le cœur) sur des requins plus que sexués?

C’est le blues du vide-poches, qui cherche sa poche attitrée, pour partager plus que quelques centimes perdus au fond d’un pantalon, d’une veste ou d’un sac.

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