Chronique 28.
Protection masculine.
Comme chaque année, j’y ai droit! Trois ans de suite, je vais faire le guignol pendant une demie journée et perdre mon temps pour contrôler les sirènes d’alarme de la Protection civile. Je ne devrais pas le dire comme ça, car je sens que je vais en ramasser plein mon matricule si je critique trop ce vénérable service. En même temps, et j’ai pu le vérifier, la Protection civile ne sert pas à grand chose. A chaque convocation, on nous parle toujours des deux ou trois événements lors desquels ils se sont déployés pour aider les citoyens. C’est un peu répétitif!
La dernière fois que j’y ai passé trois jours, j’ai glandé deux jours! Alors que sur mon bureau s’accumulaient une tonne de choses! Bref, passons…
J’en reviens à cette journée de contrôle! Déjà en mauvais état suis à un refroidissement carabiné, avec toux, nez qui coule et fièvre, me voici dans cet abri, emmitouflé dans ma veste, debout contre le mur. J’avais déjà quarante-cinq minutes d’avance ce matin, car je m’étais trompé sur l’heure de la convocation. Pas très malin pensais-je, mais un café ferait passer le temps! Dans la buvette, à une poignée de mètres de l’abri, je crois mon supérieur, que je salue, avec une tête proche du cadavre atteint par la peste. Je lui raconte que j’ai passé le début de la semaine avec 39°C de fièvre et que je ne suis toujours pas super en forme. On va voir ce qu’on peut faire me répond-il.
Lueur d’espoir dissimulée sous mon masque de malade surjouant la grippe de Hong Kong. Café terminé, journal lu, en route pour le congélateur militaire. Je donne mes papiers de conscrit et je vais m’asseoir dans la salle de réunion. Je ne suis pas en forme certes, mais les douze degrés régnant dans cette pièce n’aide pas vraiment. La perspective de traîner dans les caves, et dehors sous la pluie, ne m’encourage pas vraiment à me sentir mieux.
Pour la première fois de la matinée, je balade mon regard sur cette foule masculine, ce flot kaki et orange, qui discute, rigole ou qui lit les journaux. Mes yeux se posent sur un ou deux spécimens agréable à regarder et mon esprit part en divagation, imaginant ces hommes hétéros dans le plus simple appareil. Mon mal de crâne me rappelle à l’ordre et je continue mon observation. Qui de cette foule fait partie de ma communauté, à part le mec que j’essaie de fuir à chaque fois que je le croise dans un abri, et qui en est. Tous ces hommes ont l’air heureux, autant qu’on peut l’être, d’être ici. Amitié et camaraderie sont au rendez-vous aujourd’hui. Personnellement, je ne me suis jamais senti à l’aise dans cette marée de testostérone orangée et verte. De la gène sans doute, un manque d’envie de faire partie de cette masse sûrement.
Je fixe un ou deux de mes camarades costumés et essaie d’imaginer sa vie, sa femme, car il porte une alliance. Je dévisage le ringard qui vient d’arriver avec sa mallette de médecin, genre Kelly d’Hermès géant, qui est plus large que lui. Avocat? Médecin? Ou juste ringard?
Je ne le saurais jamais, car nous en sommes déjà au discours mainte fois répété, toujours aussi soporifique. Rien de nouveau sous le soleil de béton de l’abri. On m’appelle. On m’appelle encore. Je redescends sur terre à Mach 5 et vois la comptable m’appeller pour me rendre mes papiers et ma solde. Voilà, ma journée de protection civile touche à sa fin. Trente minutes et puis s’en vont, comme dans la comptine. Le cœur léger, je rebrousse chemin, à pied et rentre dans ma maison, pour me reposer et profiter de ce jour de congé inhabituel.
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on août 17, 2008 at 6:43 and is filed under Uncategorized.
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